Il y a quelques temps je suis parti faire une mission de volontariat international (communément appelée mission humanitaire) en Thaïlande. Ce fut la première fois que j’allais en Asie, et également la première fois que je m’engageais dans ce type de bénévolat.

        J’ai choisi une mission qui me permette de mettre à profit mes compétences en animation, plutôt que d’aller aider dans un domaine où je ne suis pas compétent et qui, à mon sens, ne serait pas aussi valorisant ni pour la structure d’accueil, ni pour moi que d’avoir quelqu’un qui maitrise le sujet. Baan Unrak sera ma structure d’accueil pour cette mission, et AIME l’association partenaire de Baan Unrak pour laquelle je m’engage.

Suis-je fait pour m’engager dans une mission de volontariat ?

Avant de partir pour la Thaïlande, j’avais plusieurs interrogations. En me documentant, j’ai vu qu’une mission humanitaire ne devait pas être initiée dans l’unique optique d’apporter son aide, mais qu’il fallait accepter que cette mission nous aide d’une quelconque manière. Au début, je ne comprenais pas cette phrase. Pour moi, il était clair que cette expérience enrichirait ma conception de la vie. Je ne me voyais donc pas comme la plupart des personnes qui reviennent de mission en disant que cela avait changé leurs vies.

Le fait que je sois moins excité que mes semblables à partir en mission révèle-t-il de moi un désintérêt pour cette dernière ?

Étant le premier volontaire de l’association avec laquelle je suis parti, je n’avais que très peu d’informations sur la structure où j’allais aller. Comment s’organise la vie sur place ? De quels moyens matériels dispose la structure ? Quel est le rôle concret des volontaires sur place ? Toutes mes questions n’ont eu qu’une seule et unique réponse;Elle fut donnée par la directrice de la structure avec qui j’ai correspondu par mail avant mon départ :

            « Ne prévois pas trop d’activités à faire avec les enfants, avec cette chaleur, ils préfèreront sûrement se reposer dans leurs chambre ! »

Il fallait que je me rende à l’évidence. Je devrai apporter mon aide du mieux que je peux sans pouvoir m’y préparer avant et ne sachant aucunement dans quel contexte j’allais arriver.

Comment trouver sa place dans une organisation déjà en place ?

Il m’aura fallu deux jours pour rallier Bangkok à Sangkhlaburi et ainsi arriver à Baan Unrak. Il fait chaud. C’est l’été. Je vais devoir m’y habituer car d’après ce que j’ai pu voir de la météo, il fait 40°c la journée et 30°c la nuit. Ici, le ventilateur et l’eau sont mes seuls alliés pour lutter contre la chaleur.

Mon arrivée à Baan Unrak fut des plus troublantes. J’étais attendu (pour mes capacités à proposer des jeux) mais pas accueilli. J’ai essayé à mon arrivée de m’entretenir avec la directrice de la structure mais en vain. Je dois me débrouiller seul pour visiter les locaux, me présenter aux enfants, déterminer l’organisation d’une journée… J’ai également du déterminer qu’elle aide (en dehors des temps de jeu) je pourrai apporter à la structure. Dès le lendemain, je pars pour un camp d’été à la mer avec quelques enfants et autres volontaires. Ces derniers ne savent pas non plus ce que la structure peut attendre d’eux. C’était pour ce camp que j’étais attendu car en dehors des temps de baignades, il faut organiser des jeux.

Après un début un peu déroutant, j’apprends à connaitre les enfants, leur fonctionnement et à cerner un peu plus comment trouver ma place dans cette organisation déjà en place. Observation, écoute, analyse et instinct m’aident dans cette quête.

Quand la pluie laisse place à l’arc en ciel

        Au fil du temps, tous les enfants finissent par me connaitre. Mais chaque jour, de nouveaux enfants arrivent, de retour de vacances chez leurs parents. D’autres n’ont pas cette chance. Certains enfants ne voient que très rarement leurs parents car ces derniers vivent au Myanmar où les tensions politiques et ethniques subsistent. Il y a même des enfants qui ont totalement été retirés à leurs parents car maltraités. Ceux là sont parfois traumatisés, éprouvant des difficultés à vivre en collectivité et ressentant de grandes carences affectives. Leur intégration au sein du groupe d’enfant est un rôle que je prends très à cœur et qu’il a fallu que je détermine moi-même en écoutant et observant les enfants.

        La vie à Baan Unrak est parsemée de moment de joie. Je me souviens d’un jour où nous étions allés nous baigner à la rivière avec les enfants. Ce jour là, quelques enfants ont entrepris de sauter d’une haute branche… dans l’eau. La branche se trouvait à environ 6 mètre de hauteur. Pour y arriver, il fallait escalader le tronc de l’arbre en s’accrochant aux lianes, passer à travers quelques moustiques prêts à faire de nous leur goûter pour finir par affronter la peur d’un gigantesque saut.

        Par deux fois, deux filles ont voulu que je leur donne la main pour se donner du courage et vaincre leurs peurs. Par deux fois, ce sont elles qui m’ont donné du courage pour sauter. Sans le savoir. A deux, nous étions plus forts. Même si j’avais déjà sauté une fois seul, rassurer quelqu’un et le voir surmonter sa peur est ce j’aime voir chez l’être humain. Ce souvenir resta à jamais dans ma mémoire.

Comment amorcer son départ ?

Ma mission se termine. Il est temps de partir. Les enfants me demandent quand je vais revenir. Je ne veux ni leur mentir, ni leur promettre quoi que ce soit. Je me contente donc de dire que d’après mes projet à venir, je devrai être capable de revenir dans une dizaine de mois mais que même si cela ne se fait pas, je ne les oublierai pas. Et puis, j’ai vraiment envie de revenir. Pas pour la structure, l’accueil ou la directrice, non ! Si j’ai envie de revenir, c’est pour eux, ces enfants si attachant qui m’ont fait une place dans leurs vies et m’ont ouvert les yeux sur pas tant de chose que je ne soupçonnais pas chez moi et dans ma vision de la vie.

Je prends les contacts de réseaux sociaux des ados, certains m’écrivent des mots d’adieux auxquels je m’empresse de répondre par écrit moi aussi. Une photo, et c’est le cœur serré que je leur fait signe de la main, à l’arrière du pick-up qui me raccompagne à la gare routière de Sangkhlaburi. Ils vont me manquer.

Les changements sont-ils persistant ?

Cette mission de volontariat aura vu opérer en mois quelques changements. Ma vision de l’éducation n’a pas changé, mais Baan Unrak m’aura apporté un autre point de vue de celle-ci. Par certains aspects, cela m’a conforté dans ce que je pensais déjà. Cependant, pour d’autres aspects, cela m’a permis d’approfondir et de relativiser ce que je pensais savoir. Je ne repenserais plus de la même façon à la phrase :

« Ne gaspilles pas la nourriture, certains enfants dans le monde n’ont pas à manger ! »

J’aurai également relativisé mon point de vue sur l’environnement ainsi que ma relation aux autres. C’est fou ce que l’on peut apprendre sur soi-même en côtoyant les autres ! 😊